Accueil
Le Cabinet  | La Psychologie  | La Sexologie  | Contact / Accès  | Prendre rendez-vous  | Plan du site    |  
 
  Le Cabinet
- Les Psychologues
- Photos des cabinets
- Tarifs
- Courants théoriques
- Thérapies pratiquées
- Bilans Psychologiques
- Formation
- Articles & Actualités
 

ARTICLES & ACTUALITES

. A quoi pensent les enfants?, le 10/10/2011

Pour un enfant, le monde des adultes est mystérieux. Et pour les adultes le monde de l’enfance est redevenu étrange. Nous souvenons-nous encore de ce qui nous trottait dans la tête quand le bout de notre nez n’arrivait pas à la hauteur de la table?
Tout se passe comme si enfants et adultes étaient des étrangers, vivant chacun sur sa planète. L’idée qu’il existe une distance infranchissable entre l’univers de l’enfant et celui de l’adulte a été renforcée par un siècle de psychologie. La pensée de l’enfant a été décrite tour à tour comme magique, égocentrique, naïve, irrationnelle. L’apprentissage de la vie consisterait donc à sortir de cette bulle pour entrer dans le monde réel des adultes, supposé pragmatique, rationnel et réaliste.
Ce clivage est trompeur. Une radicale remise en cause est en cours. Si l’on veut repenser la pensée des enfants à la lumière des recherches récentes, il faut d’abord remettre à plat quelques idées reçues.

Idée reçue n°1 - Le monde de l’enfant est irrationnel
Jusque dans les années 1990, il était d’usage de considérer que les tout-petits vivaient dans un monde éclaté, bizarre et décousu. Incapable de contrôler son corps et son environnement, le nourrisson commençait sa vie mentale submergé par un flot de sons, de couleurs, de mouvements, qui défilaient sous ses yeux sans ordre apparent. Les objets pouvaient apparaître puis disparaître soudain comme s’ils s’étaient évanouis. Pour Jean Piaget, l’enfant ne pouvait acquérir la «permanence de l’objet» (c’est-à- dire comprendre qu’une chose continue à exister, même quand elle disparaît de nos yeux) qu’assez tardivement: pas avant 2 ans. C’est progressivement aussi que l’enfant devait mettre en place les grandes catégories - objets physiques, plantes, animaux, humains-, chacune dotée de pro¬priétés spécifiques. Il comprenait peu à peu que les objets ne bougent pas seuls, que les animaux se déplacent par eux-mêmes mais ne parlent pas, etc.
Puis dans les années 1980, de nouvelles méthodes allaient bousculer cette théorie et révolutionner notre regard sur l’intelligence du nourrisson. En refaisant les expériences de J. Piaget mais avec de nouveaux protocoles, les chercheurs sont parvenus à la conclusion que le monde mental de l’enfant est beaucoup plus organisé qu’on l’avait cru. Ainsi, dès 6 mois (et non 2 ans), le nourrisson a acquis une certaine permanence de l’objet et il s’étonne si les objets s’évanouissent sans raison; de même, il sait très tôt qu’une poupée ne parle pas ou qu’un ballon ne se déplace pas tout seul. Il sait catégoriser (c’est-à-dire classer) les objets selon leurs formes, leurs couleurs, parfois avec une étonnante dextérité. Voilà pourquoi Brigitte, cette jeune grand-mère, s’étonne et s’émerveille de ce que son petit- fils de 4 ans, qui se passionne pour les dinosaures, sache distinguer d’un coup d’œil (et nommer) un tricératops d’un iguanodon ou d’un archéoptéryx alors qu’elle-même a du mal à s’y retrouver.
Prenons un autre exemple désormais bien étudié : celui du nombre. Il est désormais bien établi que les bébés ont très tôt un «sens du nombre». Des expériences ingénieuses ont montré qu’un bébé de quelques mois repère qu’il y a quatre sortes d’objets sur un écran, indépendamment de leurs formes ou positions respectives. De même, l’enfant distingue, bien plus tôt que J. Piaget l’avait cru, nombre et longueur. Par exemple, un enfant de 3 ans sait parfaitement que quatre bonbons serrés les uns contre les autres, c’est tout de même plus que trois bonbons éloignés sur une même ligne. Il ne confond donc pas nombre et longueur. Dans l’expérience de J. Piaget, c’était la formulation de la question qui le faisait souvent hésiter et se tromper. Du coup, des chercheurs ont eu l’idée de refaire les expériences de J. Piaget auprès d’adultes. Et surprise: avec le protocole original, les adultes ont eux aussi tendance à s’embrouiller quand on leur demande de distinguer nombres et longueurs.
Les enfants sont donc plus malins qu’on l’avait imaginé et les adultes moins lucides qu’on le pensait. Et l’idée d’une marche progressive de l’intelligence gravissant les échelles vers une pensée toujours plus abs¬traite et logique a du plomb dans l’aile. En matière de calcul, les enfants ne partent pas de rien alors que les adultes continuent à compter sur leurs doigts; en matière de raisonnement, les enfants ne sont pas démunis et les adultes continuent à faire les mêmes erreurs de logique élémentaires (3).

Idée reçue n°2 - Pourquoi les enfants croient au Père Noël
Dans les années 1940, J. Piaget et son équipe avaient étudié la représentation du monde de l’enfant en interrogeant des petits de 4 à
10 ans sur leur conception des plantes, des animaux, du soleil et des étoiles. Au terme de son étude, il en avait déduit que la pensée de l’enfant est spontanément animiste. Les petits croient que tout ce qui bouge est vivant. À des questions comme « pourquoi il y a la nuit?», ils donnent des réponses égocentriques: «C’est pour dormir.» Face à un tel anthropomorphisme, on comprend qu’ils puissent croire à la magie de contes où le soleil sourit, et où les animaux parlent et vivent comme des humains.
Des chercheurs ont de nouveau repris les expériences de J. Piaget en en changeant le protocole. Elisabeth Spelke et Rochel Gelman ont ainsi demandé à des enfants de 3 et 4 ans de dire si un caillou, une poupée ou un animal pouvait pleurer et se déplacer tout seul... Avec ce genre de questions concrètes, il est apparu que les enfants faisaient très bien la distinction entre les caractéristiques des objets inanimés, des plantes, des animaux ou des humains. Si un enfant de 3 ans ne s’étonne pas de rencontrer un chien qui parle dans un dessin anime, il sait faire la distinction avec le réel. En 2006, Deena Skolnick et Paul Bloom avaient montré que les enfants de 3 à 6 ans comprennent très bien que les personnages rencontrés dans les livres sont des personnages fictifs, dotés de pouvoirs hors du commun que l’on ne rencontre pas dans la vie réelle.
Dès lors, une toute nouvelle approche de la croyance au Père Noël peut être proposée. Certes avant 5 ans, la plupart des enfants semblent crédules et prêts à admettre l’existence d’un vieux monsieur à barbe blanche vivant quelque part dans le ciel et se déplaçant avec un traîneau tiré par des rennes volants. Mais le fait de croire qu’un traîneau et des rennes puissent voler ne signifie pas que les enfants croient qu’il s’agit là d’une chose banale pouvant se passer dans le monde ordinaire. Un enfant de 3 ans sait bien qu’un cheval ou une voiture ne vole pas. En revanche, il est prêt à admettre qu’il puisse exister «quelque part» des êtres d’exception dotés de pouvoirs extraordinaires. Le Père Noël est de ceux-là. Tout comme un chrétien admet que Jésus puisse faire des miracles ou que, pour d’autres, il puisse exister des fantômes ou des extraterrestres doués de pouvoirs paranormaux.

Idée reçue n°3 - Les enfants vivent dans leur bulle
On dit souvent que les enfants «vivent dans leur bulle», qui les coupe du réel. Il est vrai que les petits adorent écouter les histoires avant de s’endormir(4). Mais n’oublions pasque leurs parents font la même chose : le soir, ils vont eux aussi regarder un film ou se plonger dans un roman avant de dormir. Les enfants jouent beaucoup? Les adultes aussi : au loto, aux mots fléchés ou aux boules; ils font du sport, jouent de la musique, écrivent, peignent, font la fête, etc. Les enfants se prennent pour des superhéros. Mais les pompiers, les policiers, les médecins ou les hommes politiques ne jouent-ils pas aussi la comédie du héros ou du sauveur? Les enfants jouent à la poupée : mais d’une certaine façon, les jeunes mamans «jouent en vrai» avec leur bébé. Sur le plan de l’imaginaire, il n’est pas sûr que l’enfant et l’adulte diffèrent autant. Tous deux ont tendance à vivre dans une bulle faite de rêves, rêveries, projets, jeux de rôle et ruminations diverses.
L’enfant, dans ses rêveries solitaires, s’imagine être poursuivi par un monstre ou au contraire le terrasser. L’adulte, dans son théâtre intérieur, rumine aussi ses rêves de vengeance contre les «méchants» qui l’entourent, qu’ils prennent le visage du chef de service ou d’un ami qui l’a trahi. «Que ferais-je quand je serais grand?», se demandent les enfants de 7 ans. Ils sont de plus en plus nombreux à 40 ou 50 ans, et même plus, à se poser la même question. L’imaginaire enfantin a longtemps été vu exclusivement comme un monde merveilleux, celui des contes et des légendes, peuplé de superhéros, de monstres, de fées et de gentils animaux qui parlent et vivent comme des humains. Les psychologues proposent une tout autre analyse. L’imaginaire est conçu comme une somme d’expériences de pensée, consistant à éprouver des situations humaines fondamentales (résoudre des problèmes de relation avec les amis, affronter un ennemi, se perdre et se retrouver, surmonter un handicap, etc.). L’imaginaire est désormais vu, non comme une fuite hors du réel, mais au contraire comme une technique d’apprentissage et un moyen d’affronter en pensée des situations du monde réel. Au demeurant, une grande partie des jeux d’enfants est parfaitement réaliste : jouer à la poupée, à la dînette, mimer la conduite une voiture. De plus, les dessins d’enfants évoquent la plupart du temps des thèmes très réalistes (une maison, un paysage, une famille, une personne, un animal), même si l’enfant a plutôt tendance à dessiner les choses telles qu’il les connaît plutôt que telles qu’il les voit.
Au final, le monde de la fiction et le monde réel ne sont plus considérés comme aussi étanches qu’on l’avait cru. Et si les enfants vivent une partie du temps dans leur bulle, les adultes aussi. Les fictions enfantines sont parfois très sérieuses, autant que les fantaisies silencieuses des adultes.

(1)Pour une synthèse, voir Annie Chalon-BIanc,
Inventer, compter, et classer. De Piaget aux débats actuels, Armand Colin, 2005,
et Stanislas Dehaene, La Bosse des maths, Odile Jacob, 1997, rééd. 2003.
(2)Gaëlle Leroux, « Adult brains don’t fully overcome biases that lead to incorrect performance during cognitive development: An fMRI study in young adults completing a Piaget-like task», Developmental Science, vol. XII, n° 2, 2009.
(3)Olivier Houdé et Gaëlle Leroux, Psychologie du développement cognitif, Puf, 2009.
(4)Voir Jerome Bruner, Pourquoi nous racontons- nous des histoires ?, Retz, 2002, et Jean-François Dortier, «L’homme est un animal littéraire», Sciences Humaines, n° 218, août-
sept. 2010.




Cabinet de Psychologie et Sexologie
Contact : Amandine Edard - Psychologue Clinicienne - Tél : 06 62 89 78 89 - http://www.psybordeaux.fr - Siret 529 378 762 00015 - N°ADELI 33 93 0937 9 - Membre de l'AFTCC
Dorothée Carpentier - Psychologue Clinicienne - N° Siret 752 899 245 00019 - N° ADELI 33 93 1340 4 - Membre de l'Irccade
Thérapie individuelle enfant / ado / adulte . Sexologie et Thérapie de couple . Passation de tests projectifs et psychométriques, tels que QI, personnalité, diagnostic.

"La tendance la plus profonde de toute activité humaine est la marche vers l'équilibre. Jean Piaget, 1964"